Goya a besoin de réhabilitation, pas de démolition


L’immeuble Goya, situé dans le quartier Bellefontaine du Mirail, au sud-ouest de Toulouse, a été conçu dans les années 1960 par les architectes Candilis, Josic et Woods pour offrir un logement aux familles ouvrières et aux immigrés. Bien qu’il soit encore géré par des bailleurs sociaux, des années de négligence et d’entretien insuffisant ont conduit à sa détérioration. Aujourd’hui, cet immeuble est promis à la démolition dans le cadre des projets de renouvellement urbain, et le relogement des habitants se fait dans des conditions inhumaines. De plus, le quartier Bellefontaine souffre d’une stigmatisation aggravée par ces pratiques brutales.


Le NPNRU et la menace qui pèse sur l’immeuble Goya


Depuis 2018, le quartier de Bellefontaine est l’objet d’une transformation profonde sous l’égide du Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain (NPNRU), piloté par l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU). Cet organisme public, créé en 2003, a pour mission de restructurer les quartiers dits "prioritaires" en France en réponse à des problématiques de précarité, de vétusté et de déséquilibres sociaux. L’ANRU se présente comme un acteur clé dans la reconfiguration urbaine, mobilisant des fonds importants pour redessiner ces espaces et souvent privilégiant des démolitions suivies de reconstructions pour "redonner de l’attractivité" aux territoires concernés.

Dans le cadre du NPNRU, l’immeuble Goya est désormais menacé de démolition, une décision qui s’inscrit dans une logique contestée de renouvellement urbain. Les arguments avancés par l’ANRU incluent souvent des notions de dysfonctionnement structurel, d’inadéquation aux standards actuels de confort ou encore de "renouvellement nécessaire" pour attirer de nouvelles populations. Cependant, notre analyse montre que ces arguments manquent de fondement et masquent des dynamiques plus complexes, notamment celles de disqualification symbolique et de gentrification.

Nous avons minutieusement étudié les justifications avancées pour raser Goya, et pour chacune d’elles, nous avons identifié des contre-arguments solides qui démontrent l’inutilité de cette destruction. Ces analyses s’organisent autour de six thèmes principaux : Matériau, Structure, Urbain, Biotope, Fonctionnalité, Composants, et Déchets. Ces axes nous permettent de déconstruire les discours officiels, en mettant en lumière la richesse et le potentiel de l’immeuble Goya en tant que ressource bâtie.


Matériau


L’immeuble Goya a été construit avec des matériaux durables, dont la réhabilitation est bien moins coûteuse et polluante que leur destruction.


Structure

 
Les fondations et la conception structurelle sont encore parfaitement adaptées, contredisant l’idée d’une vétusté irrémédiable.

Urbain


L'argument en faveur d'une nouvelle route reliant le nord et le sud est trompeur, car les itinéraires existants remplissent déjà cette fonction avec seulement deux minutes de différence dans le temps de trajet.


Biotope

 
Le quartier autour de Goya abrite des dynamiques sociales et environnementales riches qui risquent d’être anéanties par la démolition.


Fonctionnalité 


L’immeuble continue de répondre à des besoins spécifiques pour de nombreuses familles et peut être adapté sans nécessiter une reconstruction complète.


Composants

 
Les éléments architecturaux et techniques existants sont des ressources qu’il serait absurde de considérer comme "jetables."


Déchets

 
La démolition génèrerait une quantité massive de déchets, contredisant les objectifs de durabilité et de transition écologique.

Notre conclusion est sans appel : la destruction de Goya n’est pas une solution, mais un problème supplémentaire. Elle participe à une vision court-termiste de la rénovation urbaine, ignorant les bénéfices qu’un réinvestissement raisonné pourrait apporter.

Dans les semaines à venir, nous continuerons à développer une vision alternative pour l’avenir de Goya, une vision qui privilégie la réhabilitation, la préservation des mémoires collectives et la durabilité, tout en respectant les besoins des habitants actuels et futurs.