Matter


Pour lire l’article en français click ici


Lors de notre exploration de Bellefontaine, en particulier autour de l’immeuble Goya, nous avons recueilli plusieurs témoignages, chacun méritant d’être entendu. Il est essentiel de mettre les habitants au cœur du processus – une approche que Toulouse Habitat Métropole a négligée. 

À travers nos interviews, nous avons mieux compris comment les résidents vivent cette situation. La plupart apprécient vraiment leurs appartements et jugent le processus de relogement catastrophique. Une demande forte émerge : celle de la rénovation plutôt que de la démolition, avec des logements accessibles et des espaces communautaires favorisant les liens entre les habitants.











K.
(Dans la rue) : « Seule une partie de l’immeuble Tintoret va être démolie, le numéro 40, à l’arrière, celui appartenant à Patrimoine. Goya sera également démoli par Toulouse Habitat Métropole. Oui, ce sont des bailleurs différents. »

S.
(Habitante du Titien) « J’habite dans cet immeuble depuis plus de 30 ans. Je suis Algérienne. Oui, il y a tellement de problèmes ici. L’ascenseur de droite, celui qui va jusqu’à chez moi, est en panne. Je suis obligé de prendre l’autre ascenseur, qui est plus loin, mais je ne peux pas utiliser les escaliers : je suis trop vielle, et il y a trop d’étages. C’est le bailleur, Les Chalets, qui ne fait pas les réparations. Ils le font exprès pour que les gens partent. Je les ai appelés ; ils viennent mais font semblant de réparer. Même les pigeons attendent de partir : c’est tellement sale, ça sent l’urine partout. L’été, c’est pire. Il fait trop chaud, mais je ne peux pas laisser les fenêtres ouvertes à cause du bruit en bas ; les jeunes crient toute la nuit, et si on leur dit quelque chose, ils crient encore plus fort. Parfois, je jette de l’eau, mais ça ne change rien.

Le quartier est bien, mais les gens sont insupportables. Trop de problèmes avec eux : trop de bruit, trop de violence ; c’est l’enfer. J’attends juste de pouvoir déménager, mais je n’ai pas d’argent, alors je dois attendre 2030, quand mon immeuble sera démoli. Si je pouvais partir maintenant, je le ferais : mon immeuble tombe en ruine, et mon appartement est encore pire ! Je n’ai pas les moyens de partir ni de faire des réparations. Tout est sale, délabré, vieux. Et il y a des rats partout ; ils se cachent maintenant, mais je vous assure, ils sont partout.

On a demandé des rénovations, mais ils ne font rien. La peinture s’écaille partout ; dans les couloirs, tout est cassé, et quand ils viennent réparer, ils font semblant. Mais prenez des photos ! Il faut qu’ils voient ! Envoyez-les aux bailleurs pour qu’ils fassent quelque chose ! Le problème, ce sont les gens, pas le quartier. Si je pouvais rester à Bellefontaine et installer ma caravane, je le ferais, juste ici, au milieu ! Vous voyez les policiers là-bas ? Ils sont là pour gérer les fauteurs de troubles. »


A. + L.
« Non, non, nous travaillons ici, mais nous n’habitons pas dans le quartier. Ça fait des années qu’on nous dit qu’ils vont démolir à côté, mais ils repoussent toujours la date. Ici, on fait de l’aide aux devoirs, on accompagne les enfants du quartier après l’école. Beaucoup d’enfants viennent ici. Cependant, ce serait vraiment bien d’avoir un lieu où les familles pourraient se retrouver aussi — peut-être un café ou quelque chose de similaire. Ou, de manière générale, un endroit où les femmes se sentiraient également les bienvenues… »





Femme
(Elle est sur le balcon, tenant un bébé dans ses bras, et le bébé nous fait signe de la main. Elle ne parle pas français, seulement arabe.)


P.
« Je travaille à "Maison c'est nous" depuis 15 ans, et je suis au courant des futures démolitions depuis 2012. Les habitants reçoivent les informations concernant les démolitions deux ans à l'avance ; ils peuvent choisir où ils veulent vivre et dans quels quartiers. Ici, les loyers sont plafonnés, donc les gens sont généralement relogés dans des logements avec des loyers similaires. Normalement, les locataires choisissent leur lieu de déménagement, ce qui permet à certains de partir alors qu'ils n’auraient pas eu les moyens de déménager autrement.

Moi, je vis ici depuis 20 ans, dans le bâtiment juste derrière. J’ai un T5 spacieux, traversant, avec un loyer très bas. Mon appartement est grand et beau ; j’en suis très satisfaite, surtout pour le prix que je paie. Je veux rester, mais les avis sont partagés ici : certains veulent partir, d'autres rester. Les raisons sont toujours les mêmes : les immeubles sont sales, il y a du vandalisme, les gens ne se sentent pas en sécurité. Avant, les immeubles étaient interconnectés, mais ce n'est plus le cas. Je préfère comme c'est maintenant, ça me rassure, car il n’y a plus d’endroits cachés, moins de recoins où des gens pourraient se cacher ; tout le monde peut voir quand je traverse. Je me sens plus en sécurité et plus à l’aise.

Je n’aime pas dire ça, mais les gens sont regroupés ici par origine : des Maghrébins, des Africains, et seulement trois familles chinoises dans tout Bellefontaine. Tout le monde dans le bâtiment est une personne de couleur. »













F.
« Je n’habite pas ici ; je vis en face des immeubles Goya et Titien. Vous êtes au courant des futures démolitions ? Non, pas du tout. Je pense que ce sont des immeubles plus loin qui seront démolis. »

C.
« C’est tellement triste de voir tout ce patrimoine disparaître ; Bellefontaine est magnifique, et oui, c’est une partie de l’héritage de Candilis. Je n’habite pas ici, mais je travaille ici et donne des cours. Cependant, je ne voudrais pas y vivre moi-même ; il y a trop d’incivilités malgré le fait que ce soit un quartier très beau et beaucoup plus minéral que La Reynerie. Ici, les gens stationnent en double file, et il est impossible de trouver une voiture correctement garée — ils ne savent tout simplement pas se garer. Les jeunes roulent trop vite ; c’est vraiment dangereux pour les enfants. Les enfants ne peuvent plus jouer ici ; c’est trop dangereux avec les motos qui passent à toute vitesse. C’est tellement dommage de voir le quartier comme ça. Je me souviens de Bellefontaine avec la dalle ; c’était incroyable — on pouvait traverser tout le quartier de haut en bas. Vous voyez ce tronc là-bas ? Il y avait un autre bâtiment à cet endroit, l’ancien bras du trépied. »








L.
« Le bâtiment Goya va être démoli ? Non, je ne pense pas ! Ils démolissent à La Reynerie ! C’est plus loin, dans le quartier d’à côté ! »






S.
(Habitante du Titien) « Oh non, je ne vis pas ici ; c’est ma mère. Mais si j’ai bien compris, ce bâtiment va subir des rénovations. Oui, ceux d’à côté vont être démolis. »


W.
(Habitant du Goya)« Oui, oui, on sait que le bâtiment va être démoli ; on le sait depuis un an et demi. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais Toulouse Habitat Métropole a mis des blocs de béton pour fermer les cages d’escalier. C’est complètement idiot et illégal, car maintenant on ne peut plus accéder aux sorties de secours et on doit faire deux fois plus de distance pour sortir du bâtiment. On met la pression sur le propriétaire avec d’autres voisins pour faire des réparations, mais rien n’est fait. Il y a encore plus d’une dizaine de familles qui vivent ici — on n’est pas partis, mais c’est l’enfer. Non, les nouvelles propositions ne sont pas du tout acceptables — elles sont beaucoup plus loin et plus chères. Vous ne les voyez pas ici, mais on vit avec des rats ; ils sont partout. Mais dites-moi — vous n’êtes pas avec la police, n’est-ce pas ? »

R.
(Habitant du Goya)« Non, je ne vis pas ici ; c’est l’appartement de mes parents, mais je suis officiellement domicilié ici. On sait depuis longtemps qu’ils vont démolir notre bâtiment. Mes parents ont un T5, un grand appartement qui a été entièrement rénové — la cuisine, le sol — on dirait une maison. Ils vivent ici presque depuis toujours et ont beaucoup investi dans cet appartement. Ce sont les seuls qui veulent rester dans le bâtiment, et je les comprends. Ils ont été informés et on leur a proposé un T2 à la place d’un T5, donc bien sûr, ils ne veulent pas partir. Selon vous, quelles sont les raisons de la démolition du bâtiment Goya ? Oh, c’est pour se débarrasser des ghettos, des grands ensembles, ce qu’on lit dans les journaux. Ils veulent nous disperser, mais ils vont juste déplacer le problème plus loin. Le bâtiment en lui-même n’est pas le problème ; les appartements ici sont grands et beaux. »





A.
(Habitante du Goya)« Nous sommes contents de partir ; la sécurité ici est inexistante. Je n'apprécie plus de vivre ici. Je ne pouvais pas me permettre de déménager, donc oui, cela me permet de le faire sans problèmes financiers. Je pense qu’il reste environ dix familles dans le bâtiment. Pour mon déménagement, on nous a assigné un conseiller qui cherche un appartement selon nos souhaits et trouve des prix comparables à ceux d’ici. J’ai visité le premier appartement mais je l’ai refusé. Maintenant, j’ai reçu une deuxième offre, mais il faut encore la visiter. Je suis en contact avec mon conseiller pour tout ; il travaille chez Toulouse Habitat Métropole et gère la relocation. Nous avons eu de la chance — il est sympa et nous aide vraiment. Ça dépend de la personne que vous avez ; ce n’est pas le cas pour tout le monde. En gros, chaque conseiller gère une famille, et cela dépend s’ils sont là pour aider ou non. Nous avons eu de la chance. »


Y.
(Habitant du Goya)« Non, pas du tout ; je ne veux pas partir. J’ai un T3 ici, et ils m’ont proposé un T1 à la place. Et c’est au même prix que ici ! Les agents de Toulouse Habitat Métropole parlent de quartiers plus sûrs et disent qu’il devient dangereux de vivre dans ces quartiers, mais nous le savons déjà — ce ne sont pas eux qui vont nous l’apprendre. Les squatteurs ici ne dérangent personne ; en fait, ce ne sont pas eux qui nous chassent. Mais à cause de Toulouse Habitat Métropole, qui a tout fermé, ils entrent par les balcons car les portes sont scellées, et cela les met en danger. Je leur ai dit : ‘Un jour, vous allez tomber.’ Mais oui, rien ne fonctionne ici. Les lumières sont éteintes, le deuxième ascenseur est toujours en réparation, et ils coupent le chauffage. Bien sûr que ça arrive ! Quand nous faisons des demandes pour les endroits où nous voulons vivre, nos choix sont refusés. Ils nous proposent des logements plus éloignés et en pire état — ce n’est pas acceptable ! Il n’y a pas de raison de tenter de sauver le bâtiment ; il sera de toute façon démoli. Mais oui, prenez des photos et montrez-les aux gens — tout le monde doit savoir ! »









A.
(Habitant du Goya)« Ah, désolé, je n'ai pas le temps de répondre à vos questions ; j'ai du travail à faire. Mais oui, je vivais ici avant — j'ai déjà été relogé. Êtes-vous satisfait de l'offre qui vous a été faite ? Ah, parfois les offres sont meilleures, parfois pires ; ça dépend ! »







H.
(Avec sa fille dans une poussette): « Non, je ne vis pas ici ; je vis dans un bâtiment plus récent et plus petit, juste en face, le bleu là-bas. Oui, je suis au courant des démolitions ; je pense que le Titien va être rénové. Je ne peux pas vous en dire beaucoup plus, mais vous devriez demander à Maison c’est nous et CFF — ils savent comment les gens sont relogés. »



F.
« Goya appartient à Toulouse Habitat Métropole, il ne reste pas beaucoup de gens dans le bâtiment, juste une famille, je crois ! Ils vivent au 11e étage, et tous les autres sont déjà partis. C’est une femme seule qui ne veut pas quitter son appartement ; elle y vit presque depuis toujours et a tout rénové elle-même. Mais oui, ce bâtiment va être démoli — pas le nôtre. Cependant, je sais que certaines familles au bout de notre bâtiment ont dû déménager car pour accéder à leurs appartements, il faut passer par l’autre bâtiment, en utilisant le même ascenseur que celui à côté. Nous savons depuis un moment pour cette démolition, mais le nôtre restera ! Je peux vous montrer l’entrée si vous le souhaitez. Quant à moi, j’aimerais déménager parce que je vis dans un T4, et tous mes enfants sont partis ; il y a trop d’espace pour juste moi. Je suis content de vivre dans ce bâtiment — ça fonctionne bien ; c’est les gens et tout le reste qui ne fonctionnent plus. Mais c’est aussi parce que vous ne vous connaissez pas. Y a-t-il quelque chose que vous souhaiteriez ? Un endroit où tout le monde pourrait se connaître, un espace pour la communauté en général. »



--------------------------------------------  --  --  --  --  --  --   --     --        --              --             -
 

Entre négligence et résistance : 


Un témoignage de la communauté oubliée de Bellefontaine


Nous avons mené une interview plus approfondie avec un résident du bloc Titien, un bâtiment directement relié au bloc Goya. Il a gentiment accepté de répondre à nos questions par téléphone. Voici le résumé :

Bonjour Monsieur,

Merci encore d’avoir pris le temps de répondre à nos questions. Pour mieux vous expliquer qui nous sommes, nous sommes des étudiants en architecture. Notre objectif est de soutenir les quartiers touchés par les démolitions répétées de bâtiments.

Nous avons déjà recueilli des témoignages de vos voisins, qui indiquent que les bailleurs ne réparent pas les ascenseurs, négligent l’éclairage et ignorent l’entretien général. Nous vous contactons pour savoir si vous avez été témoin de ces situations ou si vous avez remarqué des dysfonctionnements dans votre propre logement.

« Vandalisme : les jeunes qui traînent au bas des tours, et les dealers, ils veulent casser des choses juste pour casser. Il y a beaucoup d’argent en jeu, pas seulement avec la drogue, mais aussi avec les bailleurs, et les gens veulent acheter la paix sociale. Les autorités connaissent les jeunes dans ces quartiers difficiles, et le problème, c’est la drogue. Il y a 45 ans, il n’y avait pas de drogue, donc il n’y avait pas de problèmes non plus. (Yamin est arrivé à Bellefontaine en 1998.) Il y a des événements de temps en temps, mais ce sont des cas isolés. Les associations ne viennent que parce qu’elles reçoivent des subventions ; elles ne font que combler des vides. Les gens n’ont plus confiance en elles, il y a eu une perte de confiance. Avant, il y avait de l’activisme, des participants actifs dans le quartier, mais maintenant, personne, les gens sont fatigués. »

Yamin est une figure de « grand frère » et travaille comme éducateur de rue, principalement dans le domaine sportif, pour aider les jeunes du quartier. Avant, il vivait à la campagne, et son père est venu en France pour travailler sur les chemins de fer dans le cadre du regroupement familial. Tout le monde est né en France grâce à cela.

Avez-vous été informé qu’une démolition aurait lieu à proximité, et avez-vous reçu une compensation pour les perturbations liées aux travaux à venir ?

« Personne ne nous a rien dit. Même le gestionnaire ne sait pas. Ils peuvent exercer des pressions ; c’est un vrai tiraillement ! »

Si vous deviez être relogé parce que votre bâtiment allait être démoli, seriez-vous satisfait de l’alternative ?

« S’ils me proposaient un logement à Casere, ou à la campagne à Ossonne près de Blagnac, ou à Bordeaux Rouge près du grand camp, c’est trop loin. On aimerait revenir au Mirail, mais financièrement, c’est plus cher et dans une situation pire. Les gens se sentent isolés, loin de tout, et doivent prendre plusieurs moyens de transport juste pour aller au centre. Ici, c’est à 15 minutes du centre. La vie ici tourne autour des marchés — mardi, mercredi, jeudi, chaque jour ! Le marché est le dernier vestige de vie ici. On se croise, on discute. Tous les mercredis à Bellefontaine, et le vendredi à Bagatelle. »

Remarquez-vous un état général de dégradation dans votre quartier ?

« Oui, le bâtiment, les dealers qui cassent des choses juste pour embêter les voisins et les bailleurs. Les bâtiments sont bons. Ils disent que c’est plus cher de rénover que de démolir, mais c’est faux ! L’année dernière, une entreprise a refait tout le câblage électrique. S’ils démolissent, ce sera du gaspillage ; tout a déjà été refait. Le problème, c’est qu’ils veulent nous faire partir. Ils vont juste déplacer le problème ailleurs. Les logements ici sont super, 90m² T4, 3 chambres, un grand salon avec deux balcons. Les nouveaux logements, aujourd’hui, sont minuscules, des cages à poules pour le logement social. Ma mère a été proposée un logement à Bordeaux Rouge, mais c’est beaucoup plus cher. Elle paie actuellement 525 € pour 100m², mais pour un logement de 60m², elle perdrait 40m² ! »

Avez-vous eu l’occasion de donner votre avis sur ces projets de démolition ou sur l’avenir du quartier ?

« Pas du tout. Plus tard, ils diront qu’on aurait dû aller à la mairie pour nous renseigner. Ils diront de venir, mais personne ne le fait. Il faut les chercher. »

Y a-t-il des nuisances (bruit, saleté, insécurité) qui ont empiré récemment ?

« Ouiiiii ! » (il le répète tout au long de l’interview)

Avez-vous contacté les bailleurs pour des réparations ou des demandes, et comment ont-ils répondu ?

« Bien sûr ! Ma mère a appelé Toulouse Habitat hier. La serrure ne fonctionnait pas. Elle doit la forcer à tourner, et elle n’est plus jeune. Ils ont envoyé un gestionnaire qui a juste mis un peu d’huile, mais rien de plus. C’est toujours des solutions de dépannage, réparées à la va-vite. »

Comment gérez-vous l’incertitude liée aux démolitions dans votre vie quotidienne ?

« Ma philosophie, c’est de vivre au jour le jour. Pour ce qui est des autres, je ne sais pas. Si je ne suis pas là demain, je ne suis pas là demain ! Les gens ne savent pas ce qui va se passer. Ma mère se demande souvent, mais je ne sais pas. Normalement, les bailleurs sont censés nous informer ! »

Ressentez-vous un soutien de la part de la mairie, des associations ou des bailleurs ?

« Personne ! »

Comment sont vos relations avec vos voisins ? Pouvez-vous compter sur eux ?

« Oui, ça va. Pour demander du sel ou du poivre, pas de problème. Je dois avouer que les voisins syriens au-dessus font trop de bruit ; c’est une différence d’éducation. Leurs enfants veillent tard. Ma mère a envoyé des lettres à Habitat Toulouse Métropole, mais rien n’a changé. »

Qu’aimeriez-vous améliorer dans le bâtiment ? Manque-t-il quelque chose pour répondre à vos 
besoins ?

« Repeindre l’endroit parce que, tel qu’il est, ça ne donne pas envie. La couleur du bâtiment, c’est gris. Il nous faut des couleurs, c’est fatigant, morne. Il faudrait remplacer les carreaux, rendre l’endroit plus lumineux, il est terne de l’extérieur, ce n’est pas accueillant. Il y avait un projet expérimental pas loin, qui n’était pas mal, un projet de type messager. Mais à cause de la drogue, les choses sont vandalisées. Les jeunes de 13-14 ans cassent des choses. C’était pire avant, mais les gros dealers demandaient plus de discrétion. Ils ne veulent pas de la police autour. Il y a beaucoup d’argent en jeu — environ 40 000-80 000 euros par jour en France, encore plus le week-end. (Il le voit de son balcon, vivant au-dessus d’un point de vente de drogue et observant les passants quotidiennement.) La France est accrochée à la drogue. Il y a un malaise, tout le monde est drogué. C’est ça le vrai problème. Je ne parle plus aux dealers ; on peut se faire des représailles. Les habitants ont peur, donc on reste chacun chez soi. Beaucoup de gens des quartiers périphériques viennent ici pour acheter de la drogue — des médecins, des enseignants, des infirmiers. Ils viennent dans ces quartiers. Le problème, c’est qu’il y a une grande demande. Les quartiers voisins de Saint-Simon viennent ici pour se ravitailler. La police vient aussi parce qu’il y a beaucoup d’argent en jeu. Les Syriens dans le quartier, ils ne parlent pas la langue. Ce n’est pas le même arabe que les Tunisiens ou les Marocains. Ils ont du mal à communiquer avec les autres, encore moins avec les bailleurs. Le problème, c’est la drogue. Au lieu de démolir, c’est un problème qui s’aggrave. Il y a un malaise social qui n’existait pas avant en France. »